Voir la déclaration complète du cabinet du procureur général :

Les audiences dans l’affaire Guyana contre le Venezuela devant la Cour internationale de Justice, le plus haut tribunal judiciaire international du monde, se sont terminées cet après-midi. La Guyane et le Venezuela ont tous deux présenté leurs arguments lors de deux tours de plaidoiries entre le 4 et le 11 mai. La Cour va maintenant délibérer sur les questions dont elle est saisie et, dans les mois à venir, rendra son arrêt final sur le fond de l’affaire, qui sera juridiquement contraignant pour les deux parties.

Le fait même que cette affaire soit parvenue à la CIJ et que les phases écrite et orale de la procédure aient été menées à leur terme représente un triomphe pour l’État de droit et l’ordre international fondé sur des règles. Les différends entre États doivent être résolus de manière pacifique, définitive et conformément au droit international. Il ne faut pas les laisser s’envenimer indéfiniment. Ils ne doivent jamais être résolus par la menace ou le recours à la force militaire.

Le Guyana s’est engagé à plusieurs reprises, y compris lors de ces audiences, à respecter l’arrêt de la Cour, quel qu’il soit. La Guyane est convaincue – en fait, après ces audiences, elle est plus confiante que jamais – que la Cour confirmera la validité juridique de la sentence arbitrale unanime du 3 octobre 1899, qui a établi la frontière internationale entre la Guyane britannique et le Venezuela, et confirmera qu’il s’agit de la frontière légale finale, définitive et permanente entre la Guyane et le Venezuela.

La Guyane est très fière des présentations qu’elle a faites lors de ces audiences, lundi 4 mai et vendredi 8 mai. Elle estime que ses arguments étaient convaincants et qu’ils démontraient le manque de fondement des arguments du Venezuela, tant sur les faits que sur le droit. Le Guyana est reconnaissant envers ses représentants dans ces travaux, que j’ai le privilège de diriger, notamment l’honorable Hugh Todd, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, et M. Carl Greenidge, notre agent. La Guyane félicite et exprime sa plus profonde gratitude à son équipe juridique internationale de premier plan dirigée par M. Paul Reichler (États-Unis), le professeur Philippe Sands (Royaume-Uni) et le professeur Alain Pellet (France), entre autres éminents défenseurs.

Le jugement final de la Cour mettra fin à la controverse née en 1962, lorsque le Venezuela, pour la première fois, contesta la légalité de la sentence arbitrale de 1899 et la frontière internationale qu’elle avait établie, après avoir accepté, respecté et respecté la sentence et la frontière, sans protester pendant 63 ans. Les audiences ont établi que le Venezuela avait fait cette protestation très tardive, précisément au moment où le Guyana approchait de son indépendance, où les troupes britanniques allaient partir, et où le Venezuela aurait un avantage militaire significatif pour faire valoir sa revendication désuète sur près des trois quarts du territoire du Guyana, la même revendication que le tribunal composé de cinq arbitres éminents a rejeté en 1899.

Avant de quitter la Guyane, en 1966, les Britanniques ont négocié un accord avec le Venezuela pour garantir que la contestation de la validité de la sentence arbitrale de 1899 serait résolue de manière pacifique. L’Accord de Genève de 1966, auquel le Guyana est devenu partie dès son indépendance cette année-là, prévoyait d’abord une période de quatre ans de négociations bilatérales pour résoudre ce différend. Ces négociations n’ont pas abouti. Dans ces circonstances, l’Accord de Genève prévoyait en outre, premièrement, que le Secrétaire général des Nations Unies choisirait le moyen approprié de règlement final du différend, avec le pouvoir d’en choisir de nouveaux si les moyens antérieurs qu’il avait choisis ne permettaient pas de parvenir à un tel règlement. Après plus de 50 ans sans règlement, le secrétaire général Antonio Guterres a décidé, en janvier 2018, que la controverse devait être réglée par la Cour internationale de Justice. Sa décision était contraignante pour les deux parties.

La Guyane a ensuite engagé la procédure devant la CIJ en mars 2018. Le Venezuela a répondu en contestant la compétence de la Cour. Après avoir reçu les arguments des deux parties, la Cour a rendu un arrêt en décembre 2020, dans lequel elle s’est déclarée compétente pour déterminer la validité juridique de la sentence arbitrale de 1899, ainsi que la frontière internationale entre la Guyane et le Venezuela. L’affaire est ensuite passée à la phase sur le fond, qui comprenait la présentation de mémoires écrits, et finalement aux audiences orales qui se sont terminées aujourd’hui.

Nous attendrons l’arrêt final de la Cour sur le fond avec patience, décorum, dignité et optimisme. Nous continuerons de nous adresser au Venezuela dans un esprit de paix, de coopération et d’amitié, et en tant qu’égaux souverains. Nous respecterons la souveraineté du Venezuela, comme nous l’avons toujours fait, et insisterons pour que le Venezuela s’abstienne de empiéter sur la souveraineté du Guyana ou de la menacer.

Nous avons entendu les déclarations des représentants du Venezuela lors de ces audiences, y compris aujourd’hui, selon lesquelles ils n’acceptent pas la compétence de la CIJ et ne respecteront pas ses décisions. Cela constituerait une violation de ses obligations les plus solennelles en vertu de la Charte des Nations Unies, de la Charte de l’Organisation des États américains et du droit international général. La communauté internationale des États ne permettra pas à la communauté internationale de défier les règles les plus fondamentales du droit international, qui exigent un ordre mondial fondé sur l’État de droit. Il ne fait aucun doute que cet ordre fondé sur des règles est actuellement mis à l’épreuve. Il est donc plus important que jamais de la préserver et de la renforcer.

Nous espérons ardemment que l’expression du manque de respect du Venezuela à l’égard de la Cour et du droit international reflète les émotions qui accompagnent souvent des litiges de ce type. Nous espérons qu’une fois que les passions se seront apaisées et que les responsables gouvernementaux auront réfléchi, ils concluront, comme nous l’avons fait, que les deux États ont intérêt à mettre fin à ce conflit de longue date et que la seule manière d’assurer une paix juste et durable, ainsi qu’une amitié durable, est de respecter et de se conformer à l’arrêt final de la Cour, quel qu’il soit.


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