Le président Irfaan Ali a écrit au président de la CARICOM et Premier ministre de Saint-Kitts-et-Nevis, le Dr Terrence Drew, pour s’opposer formellement à l’affichage public par le président par intérim du Venezuela, Delcy Rodríguez, d’une carte lors d’engagements officiels au sein des États membres de la CARICOM, qui présente faussement la région d’Essequibo en Guyane comme faisant partie du Venezuela.

Rodriquez, lors d’une visite officielle à la Barbade, portait une broche avec une carte du Venezuela qui comprend la région d’Essequibo en Guyane. Rodriquez portait une broche similaire lors de sa précédente visite d’État à la Grenade.

Dans sa lettre, le dirigeant guyanais a noté que « le soutien de principe de la CARICOM à la Guyane doit se refléter non seulement dans les déclarations, mais aussi dans le contexte et la conduite des engagements officiels ».

Voir la lettre complète envoyée par le président Ali :

Cher frère Terrance,

Je note avec une vive préoccupation l’affichage public par la Présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, lors d’engagements officiels dans les États membres de la Communauté des Caraïbes, d’une carte prétendant incorporer la région d’Essequibo en Guyane au Venezuela.

Le Guyana respecte pleinement le droit souverain des États membres de la CARICOM de mener des relations bilatérales avec tous ses partenaires, y compris la République bolivarienne du Venezuela. Il est toutefois profondément regrettable que de tels engagements aient été accompagnés de l’exposition proéminente de symboles affirmant la revendication du Venezuela sur le territoire du Guyana.

Le recours aux engagements de la CARICOM pour projeter ou promouvoir une revendication territoriale contre un État membre risque d’être interprété comme un acquiescement ou une tolérance. Aucune action, qu’elle soit délibérée ou involontaire, ne devrait donner l’impression que les plates-formes communautaires peuvent être utilisées pour faire valoir des revendications devant la Cour internationale de Justice.

Le soutien de principe de la CARICOM au Guyana doit se refléter non seulement dans les déclarations, mais aussi dans le contexte et la conduite des engagements officiels.

Ce n’est pas seulement une question de symbolisme. Il s’agit d’une affirmation calculée et provocatrice d’une affirmation que le Guyana a systématiquement et légalement rejetée et qui est devant la Cour internationale de Justice pour décision finale.

Le Venezuela ne peut pas, pendant que l’affaire est devant la Cour, chercher à normaliser par des symboles, des cartes, des lois, des nominations ou des affichages officiels ce qu’il n’a pas réussi à établir en droit. Une telle conduite ne renforce pas les arguments du Venezuela ; cela sape la confiance dans son engagement déclaré en faveur d’un règlement pacifique, du droit international et des relations de bon voisinage.

Le Guyana rappelle sa position constante selon laquelle la frontière a été réglée par la sentence arbitrale de 1899, qui a déterminé la frontière comme un règlement complet, parfait et définitif. La résurgence de cette revendication par le Venezuela des décennies plus tard, ainsi que ses mesures plus récentes visant à annexer l’Essequibo et à nommer des responsables pour ce territoire, font partie d’un modèle de conduite incompatible avec le droit international et le processus auquel l’affaire a été soumise.

Ces actions persistent malgré l’ordonnance de la Cour du 1er décembre 2023, qui exigeait du Venezuela qu’il ne prenne aucune mesure susceptible de modifier la situation qui prévaut actuellement sur le territoire en litige, dans lequel la Guyane administre et exerce un contrôle sur cette zone, et exigeait des deux Parties qu’elles s’abstiennent de toute action susceptible d’aggraver ou d’étendre le différend ou de le rendre plus difficile à résoudre.

Je vous écris, Président actuel de la CARICOM, pour vous faire part de la préoccupation du Guyana et vous exhorter à rester vigilant pour sauvegarder la position de principe de la Communauté.

Le Guyana rappelle à tous les chefs de gouvernement de la CARICOM leur soutien répété et sans équivoque à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du Guyana, ainsi qu’au règlement de la controverse par le biais du processus judiciaire devant la Cour. Cette position a été réaffirmée tout récemment lors de la cinquantième réunion ordinaire de la Conférence des chefs de gouvernement.

Le Guyana reste pleinement attaché au règlement pacifique de cette question, conformément au droit international. Nous continuons de faire confiance à la Cour et de respecter ses procédures et son jugement éventuel.

Dans le même temps, le Guyana attend de tous les États, y compris le Venezuela, qu’ils agissent conformément aux principes de la Charte des Nations Unies, s’abstiennent de toute provocation et respectent le processus judiciaire en cours.


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